American Chaos — naissance d’un langage visuel

 

“Chaque forme est libre et individuelle. Chaque forme est un monde”1

Kasimir Malevitch

La peinture de Shirley Jaffe (1923) est un langage. Elle a établi un vocabulaire de formes et de couleurs qui se développe sur un seul plan. Assemblés, juxtaposés, superposés dans l’espace de la toile, les éléments entretiennent entre eux des relations. De ces rapports naît un dialogue de signes à la limite entre abstraction et figuration. Jaffe exprime une synthèse de sa réalité et instaure une conversation entre la subjectivité de son regard et l’imaginaire de l’autre, du spectateur.

Formes, contreformes, couleurs, sont organisées dans un format, celui de la toile comme les pièces d’un jeu de construction. Elle bâtit une narration à partir d’un vocabulaire plastique décliné le long de son œuvre.

Une recherche de structures et de rythmes qui fait lien avec l’oeuvre de Jonathan Lasker (1948). Il y développe dans une abstraction évocatrice un langage formel tourné vers la ligne, la couleur et une recherche de matière surprenante définie par la présence du geste.

Formes, aplats, lignes se superposent pour créer des espaces, des lieux. Dans l’hétérogénéité des éléments qu’il utilise, naît un langage. Sa peinture active notre intuition. Nous cherchons a y déceler une histoire suggérée par le titre de ses œuvres.

Le système de Lasker fonctionne alors parfaitement :  “amener le spectateur au seuil de la narration sans le franchir, pour qu’il observe l’état d’une picturalité pure”.

 

  1. Kasimir Malevitch, Du cubisme et du futurisme au suprématisme : le nouveau réalisme pictural, 1915, in Écrits, Paris, Gérard Lebovici, 1986, p. 198.

 

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