Sans début ni fin

Palindromes et histoires sans fins avec Gérald Minkoff, Patrick Hospital et Paul Cox

Sans début ni fin

Servile, tu te livres

 

“Composer un livre sans début ni fin et dont on pourrait ainsi commencer et arrêter la lecture où l’on veut après l’avoir tourné et retourné entre ses doigts et sans que pourtant le sens du texte en soit altéré texte qui par ailleurs est tout entier contenu dans son titre.” Gérald Minkoff

Servile, tu te livres est un livre. Un livre d’une page, avec deux sens de lecture. Un livre sans début ni fin.
L’intérêt de Gérard Minkoff pour le palindrome n’est pas le jeu sur la signification textuel mais plutôt le sens supplémentaire qui émerge de l’aller-retour dans la lecture — comme un écho. Et lorsque le palindrome est couplé à l’objet, le miroir est encore plus efficace.

 « Le plus court chemin pour aller d’où l’on vient. Mathématiquement parlant, le palindrome est un cas typique d’anneau de Möbius textuel. » Christian Bernard,  en parlant de l’anneau de Minkoff

Pour accentuer l’effet miroir du palindrome, Patrick Hospital répond à Minkoff. Surtout, il prolonge ses mots dans l’espace public en mettant en situation ses boucles comme sur cette pierre tombale par exemple.
« Le plus court chemin pour aller d’où l’on vient » qu’il disait Christian.

 

 

Krolik is hungry

 

Pour Paul Cox, le palindrome contraint la conception du livre Krolik is hungry. Il ne s’en sert pas pour le texte mais la trame narrative. Avec sa couverture en miroir, le livre est composé simultanément en anglais et en japonais. La première image est la dernière, la seconde à l’avant-dernière. L’histoire est symétrique, le début est la fin puisque pour les japonais notre fin est leur début.

Paul Cox nous raconte l’histoire de Krolik :
“Elle raconte (l’histoire) l’impatience de Krolik devant la croissance trop lente des carottes dont il raffole; estimant qu’elles poussent de manière peu aérodynamique – leur pointe effilée vers le bas et le gros bout vers le haut, ce qui expliquerait leur lenteur – il décide d’aller voir ce qu’il en de l’autre côté du globe, dans l’espoir que leur disposition y soit inversée. Déception, sur place, de constater qu’il n’en est rien, et morale de l’histoire: « patience is the remedy »”.2

 

 

  1. Sur l’image de couverture :
    Au centre, Gérald Minkoff, Ruban de möbius-palindrome, une bandelette sans verso, typographie bois en noir et rouge sous coffret bois ; 30 x 16 cm
    À gauche, Gérald Minkoff, Tir, cet écrit, Éditions Mamco, Genève, 1997
    En face, Etire ce rite, la réponse de Patrick Hospital
    En haut, Gérald Minkoff, La mesure ruse mal, nd
    En bas, Patrick Hospital, Et tel Gerald, la réglette, 1999, coll. Mamco
  2. Patrick Hospital, Fin Snif, 2010
  3. Extrait du blog de paul cox pour son exposition au centre georges pompidou 18-Alice, malices, limaces, 2 mars 2005
    https://www.paulcox.centrepompidou.fr/article-152613.html

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